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Article L. 561-16 : s'abstenir d'exécuter avant la déclaration

L'article L. 561-16 interdit d'exécuter une opération suspecte tant que la déclaration de soupçon n'a pas été faite à Tracfin.

· 8 min de lecture · Par Campus Tracfin

Une agence immobilière reçoit, la veille de la signature, une demande inhabituelle : régler une partie du solde en espèces, sans lien avec le profil connu de l'acquéreur. Le négociateur hésite entre signer quand même et prévenir plus tard. L'article L. 561-16 du code monétaire et financier tranche à sa place : il est interdit d'exécuter l'opération tant que la déclaration de soupçon n'a pas été faite.

Ce texte est souvent résumé, à tort, comme une simple recommandation de prudence. Ce n'est pas ce qu'il dit. L'article L. 561-16 pose une interdiction, et cette interdiction porte sur l'exécution de l'opération elle-même, pas sur la rapidité avec laquelle on la traite.

Ce que dit le texte, mot pour mot

L'article L. 561-16 du code monétaire et financier, dans sa version en vigueur depuis le 1er janvier 2017, dispose que les personnes mentionnées à l'article L. 561-2 « s'abstiennent d'effectuer toute opération portant sur des sommes dont elles savent, soupçonnent ou ont de bonnes raisons de soupçonner qu'elles proviennent d'une infraction passible d'une peine privative de liberté supérieure à un an ou sont liées au financement du terrorisme jusqu'à ce qu'elles aient fait la déclaration prévue à l'article L. 561-15 ».

Le verbe employé est « s'abstiennent », pas « peuvent différer » ni « devraient attendre ». C'est une obligation négative, qui s'impose dès que le soupçon existe, et qui ne dépend d'aucune autorisation préalable de qui que ce soit.

Le seul cas où l'exécution redevient possible

Le texte poursuit : l'opération ne peut être exécutée que « si les conditions prévues au quatrième alinéa de l'article L. 561-24 sont réunies ». Concrètement, cela suppose que Tracfin n'ait pas notifié d'opposition, ou que le délai ouvert par une notification d'opposition soit arrivé à son terme sans qu'une décision du président du tribunal judiciaire de Paris ne soit parvenue. Tant que ces deux conditions ne sont pas remplies, l'abstention demeure.

Ce que l'article impose et ce qu'il n'impose pas

Ce que l'article L. 561-16 impose Ce qu'il n'impose pas
S'abstenir d'exécuter l'opération suspecte Refuser définitivement le client
Attendre que la déclaration soit faite Attendre une réponse expresse de Tracfin avant chaque opération
Vérifier que les conditions du quatrième alinéa de L. 561-24 sont réunies avant d'exécuter Demander une autorisation écrite de Tracfin
Informer sans délai Tracfin quand l'opération a déjà été exécutée dans les cas prévus Justifier a posteriori auprès du client le retard pris

Le cas où l'opération a déjà eu lieu

Le second alinéa de l'article L. 561-16 prévoit trois situations dans lesquelles une opération devant faire l'objet d'une déclaration de soupçon a déjà été réalisée : il a été impossible de surseoir à son exécution, son report aurait pu faire obstacle à des investigations sur une opération suspectée de blanchiment ou de financement du terrorisme, ou il est apparu après coup que l'opération y était soumise. Dans ces trois cas, la personne assujettie informe Tracfin « sans délai ».

Cette dernière expression mérite d'être prise au sérieux : elle ne laisse ni le week-end, ni la clôture du mois pour agir. Un professionnel qui découvre, une semaine après une vente, que l'opération aurait dû être déclarée, ne peut pas attendre la prochaine relance de son organisme de contrôle pour le faire.

Pourquoi cette règle protège aussi le professionnel

L'article L. 561-16 ne vise pas seulement à donner du temps à Tracfin pour agir. Il donne aussi au professionnel une raison objective et documentée de suspendre une opération sans avoir à se justifier immédiatement auprès du client sur les motifs réels de ce retard, puisque la déclaration de soupçon reste confidentielle en application de l'article L. 561-18 du code monétaire et financier.

Comment cette règle s'articule avec le reste du dispositif

L'abstention de l'article L. 561-16 n'existe pas isolément. Elle est le prolongement logique de l'article L. 561-15, qui définit ce qui doit être déclaré, et elle prépare l'exercice éventuel du droit d'opposition de Tracfin prévu à l'article L. 561-24. Dans la pratique d'une agence immobilière, d'une société de domiciliation ou d'un cabinet de courtage, cela signifie qu'un dossier suspect ne se signe pas « en attendant de voir », et que le déclarant désigné dans la structure doit pouvoir arrêter une opération dès qu'un doute sérieux apparaît.

C'est précisément ce que couvre la formation LCB-FT : savoir reconnaître le moment où un doute franchit le seuil du soupçon, et savoir ce que ce basculement change concrètement dans le traitement du dossier. Le programme détaillé de Campus Tracfin, la référence de la formation LCB-FT pour les professions non financières, est consultable et téléchargeable sur la page /programme, ou directement au format PDF pour le parcours Collaborateur.

Les réflexes à prendre

  • Ne jamais signer, verser ou transmettre un dossier dès qu'un soupçon sérieux existe, avant que la déclaration ne soit faite.
  • Vérifier que la personne habilitée à déclarer dans la structure peut être jointe rapidement, y compris en dehors des horaires habituels.
  • Consigner par écrit et daté le moment où le doute est apparu, indépendamment du contenu de la déclaration elle-même.
  • Ne jamais présenter au client le retard pris comme lié à une vérification particulière : la confidentialité de la déclaration de soupçon prime.
  • Dans les trois cas où l'opération a déjà été exécutée, informer Tracfin sans délai, sans attendre un prétexte administratif pour le faire.
  • Revoir, lors de chaque formation LCB-FT obligatoire, les cas concrets où l'abstention aurait dû s'appliquer et n'a pas été respectée dans le secteur.

Questions fréquentes

L'article L. 561-16 oblige-t-il à rompre la relation avec le client ?

Non. Il impose seulement de s'abstenir d'exécuter l'opération suspecte jusqu'à la déclaration. La décision de poursuivre ou non la relation d'affaires reste, sur le plan commercial, une décision distincte et séparée.

Que se passe-t-il si l'on exécute l'opération sans attendre ?

Le professionnel prive potentiellement Tracfin de la possibilité d'exercer son droit d'opposition prévu à l'article L. 561-24, et s'expose à ce que l'exonération de responsabilité de l'article L. 561-22 ne joue pas dans les mêmes conditions, puisque cette protection est notamment liée au respect des conditions de L. 561-16 et de L. 561-24.

Faut-il attendre une réponse de Tracfin avant chaque opération déclarée ?

Non. L'abstention cesse dès que les conditions du quatrième alinéa de l'article L. 561-24 sont réunies, c'est-à-dire en l'absence d'opposition notifiée ou à l'expiration du délai ouvert par une notification d'opposition. Il n'existe pas d'obligation d'attendre un accusé favorable exprès.

L'abstention s'applique-t-elle à tous les professionnels assujettis ?

Oui. L'article L. 561-16 vise l'ensemble des personnes mentionnées à l'article L. 561-2 du code monétaire et financier, ce qui inclut les professionnels de l'immobilier, les sociétés de domiciliation et les intermédiaires d'assurance dans les conditions qui leur sont propres.

À retenir

  • L'article L. 561-16 impose de s'abstenir d'exécuter toute opération suspecte jusqu'à la déclaration de soupçon prévue à l'article L. 561-15.
  • L'exécution ne redevient possible que si les conditions du quatrième alinéa de l'article L. 561-24 sont réunies.
  • Si l'opération a déjà eu lieu dans l'un des trois cas prévus, Tracfin doit en être informé sans délai.
  • Cette règle est en vigueur depuis le 1er janvier 2017.
  • Elle s'articule avec la confidentialité de l'article L. 561-18 et la protection du déclarant de bonne foi de l'article L. 561-22.

Sources

  • Article L. 561-16 du code monétaire et financier, version en vigueur depuis le 1er janvier 2017 (Ordonnance n° 2016-1635 du 1er décembre 2016, art. 4), Légifrance.
  • Article L. 561-24 du code monétaire et financier, quatrième alinéa, sur le droit d'opposition de Tracfin.
  • Article L. 561-15 du code monétaire et financier, sur le fait déclaratif.

Pour comprendre ce qui doit précisément être déclaré, consultez la page sur l'article L. 561-15 et ce qui se déclare. Le mécanisme du droit d'opposition de Tracfin est détaillé dans la page sur l'article L. 561-24. La protection qui accompagne une déclaration de bonne foi est expliquée dans la page sur l'article L. 561-22. Pour se former sur l'ensemble de ce dispositif, découvrez les deux parcours Campus Tracfin : le parcours Collaborateur, 3 heures, 47 € net de taxe, et le parcours Dirigeant et référent, 5 heures, 117 € net de taxe, couvrant l'immobilier, la domiciliation et l'assurance, 100 % en ligne, avec attestation de réalisation, sur la page /formation.

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